Qu’est-ce que Ok Boomer ?

Née sur Internet, cette expression a marqué la fin de l'année 2019, en soulignant le fossé qui s'est creusé entre des générations qui ne se comprennent plus. « OK boomer » oppose les baby-boomers, donc, nés entre la fin de la Seconde Guerre mondiale et 1960, aux milléniaux, nés entre 1980 et 1995, et à la génération Z, née après 1995.

À l'origine, c'est un mème viral apparu en janvier sur les réseaux sociaux, dont les jeunes internautes se servent pour répondre aux critiques contre leur génération ou à ceux qui défendent des idées qui leur semblent appartenir à un autre temps. L'expression s'est aussi développée sur le réseau social TikTok, en réponse à la vidéo d'un homme à la barbe blanche qui affirmait que « les Millennials ou milléniaux et la génération Z ont le syndrome de Peter Pan : ils ne veulent pas grandir. Ils pensent que les idéaux utopiques qu'ils ont dans leur jeunesse vont se prolonger dans leur vie d'adulte. » .

L'expression finit par gagner ses lettres de noblesse dans les médias début novembre, quand Chlöe Swarbrick, 25 ans, députée du Green Party en Nouvelle-Zélande, alerte le Parlement sur le changement climatique et dénonce les décisions politiques de court terme prises par une assemblée « dont la moyenne d'âge est de 49 ans ». Interrompue par un de ses collègues, elle lui assène un « OK boomer », avant de continuer son intervention. La vidéo fera le tour de la planète.

La députée LREM Audrey Dufeu Schubert s'inquiète dans Le Parisien d'une formule qui donne « dans la censure de la parole des personnes âgées ». Elle avance que « Cela participe à l'âgisme, qui est, en effet, une forme de racisme, du moins une discrimination. » Pour d'autres, ce serait une manière pour cette génération « snowflake », qui ne supporterait plus la contradiction, de couper court au débat.

La réalité est plus complexe que ça. Aux États-Unis, où est née l'expression, les milléniaux, « sont plus pauvres que les générations avant eux, et pourraient ne jamais les rattraper », explique le Wall Street Journal. Avec « OK boomer », les jeunes générations ne s'adressent pas aux personnes âgées dans leur ensemble, mais à leurs aînés nés après-guerre, qui ont connu l'âge d'or de la reprise économique, le plein-emploi ou ont pu utiliser et gaspiller les ressources de la planète sans compter, quand eux connaissent plus de chômage, des emplois précaires, ont traversé la crise de 2008 et se retrouvent à devoir gérer la crise écologique.

Cette situation plus délicate dans laquelle se trouvent les milléniaux et la génération Z ne semble pourtant pas avoir été bien assimilée par les baby-boomers : près de la moitié des 250 étudiants interrogés par une étude du site Student Pop publiée par Forbes France en décembre, disaient se sentir incompris de leurs aînés. Pour un tiers d'entre eux, « OK boomer » est « le cri de ralliement d'une génération qui en a ras le bol des critiques prononcées par les boomers », et 16 % estiment que c'est « un moyen de se faire entendre ».

Greta Thunberg est sans nul doute le symbole de ce fossé entre baby-boomers et jeunes générations. Quand elle et des centaines de milliers de lycéens à travers le monde manifestent pour demander aux gouvernements d'en faire beaucoup plus en faveur du climat, ses aînés lui reprochent son jeune âge et lui rétorquent qu'elle ferait mieux d'aller en cours d'abord. Des leçons que les jeunes apprécient peu de recevoir d'une génération qui a pu vivre et consommer autant qu'elle le souhaitait sans avoir à se soucier de son impact sur l'environnement.

Le climat est d'ailleurs, de loin, la première raison d'être du mouvement « OK boomer » selon les étudiants interrogés par Student Pop. Viennent ensuite les salaires et aides, le gouvernement et le logement. « Il n'y a pas tant un conflit de valeurs qu'une demande des jeunes d'avoir les mêmes chances dans la vie que leurs aînés, analyse sur France info le sociologue Camille Peugny. C'est surtout une génération qui peine à se faire entendre par la classe...
 

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