Ariel Kyrou (5/5) : « Demain, l’excès sera l’excrément»

Auteur d’un essai en forme de réservoir à fictions vitales pour bricoler l’après, ce journaliste parisien milite pour l’éco-anarchisme des romans d’Ursula K. Le Guin, John Brunner et Ernest Callenbach.


« Ce livre est peut-être la chose la plus importante qui soit arrivée à la science-fiction hexagonale depuis les fulgurances inoubliables de Serge Lehman. » Alain Damasio ne tarit pas d’éloges, à mi-parcours dudit ouvrage, à propos du dernier essai d’Ariel Kyrou, Dans les imaginaires du futur, qui vient de paraître aux éditions Actu SF. Fidèle à sa fièvre de contestation des impasses politiques et des formatages de toute obédience, l’auteur de La Horde du Contrevent détaille, le temps d’une « volte-face », la noble intention de ce pavé rose et blanc de 600 pages : comprendre, à travers l’examen érudit de romans, films, séries ou bandes dessinées d’anticipation, lesquels ne se contentent pas de nous divertir ou de reconduire en pire les schémas existants, mais offrent « armes de jet et lignes de fuite pour se construire un avenir» ou « décheniller les tanks de ce néolibéralisme inepte» ; ceux qui produisent « un imaginaire du dérangeant, du dégenré, intranquille et secouant, perclus de trous de ver, de percées vers le possible, caffi d’espoirs aussi. » Bref : des futurs désirables, comme ceux qui bourgeonnent au quotidien sur la proue de ce podcast.


C’est pourquoi, devant cette généreuse caisse à outils fictionnels pour-bricoler-l’après, la tentation de tendre le micro à Ariel Kyrou fut à peu près irrésistible. Rédac’ chef adjoint du magazine Actuel de 1989 à 1993, cet essayiste parisien, spécialiste de Philip K. Dick et directeur éditorial du Laboratoire des solidarités (solidarum.org), nous fait parvenir aujourd’hui le dernier module d’une série de cinq chroniques consacrées aux « utopies lucides, terrestres et anarchistes ».


« N’oublions pas que le texte fondateur du genre, L’Utopie de Thomas More, publié en 1516, décrit une île ayant opéré une sécession radicale vis-à-vis de la société, de façon à abolir l’argent et la propriété. Propriétaires et profiteurs en sont donc chassés, et sommés de ne jamais y remettre les pieds », rappelle Kyrou dans son ouvrage, en précisant que tout ceci ne se fait pas sans violence. À bord de notre Arche, il évoque trois romans éco-anarchistes et solidaires : Les Dépossédés de l’Américaine Ursula K. Le Guin (1974), qui tente de « supprimer la souffrance sociale » ; Sur l’onde de choc de l’Ecossais John Brunner (1975) où « tout le monde semble prêt à tout le monde » ; Ecotopia de l’Américain Ernest Callenbach (1975), où « le chaos financier doit être délibérément organisé ». On reste comme possédé par cet extrait des Dépossédés, cité dans son livre par Ariel : « … Si c’est vers le futur que vous vous tournez, alors je vous dis qu’il faut aller vers lui les mains vides. Vous devez y aller seuls, et nus, comme l’enfant qui vient au monde, qui entre dans son propre futur, sans aucun passé, sans rien posséder, un futur dont la vie dépend entièrement des autres gens. Vous ne pouvez pas prendre ce que vous n’avez pas donné et c’est vous-même que vous devez donner. »


Pour écouter la précédente utopie d’Ariel Kyrou, c’est ici : https://www.nova.fr/podcast/larche-de-nova/ariel-kyrou-45-demain-nous-accueillerons-le-migrant-radical-lextraterrestre


Image : Arnold Schwarzenegger et Paul Verhoeven sur le tournage de Total Recall, de Paul Verhoeven (1990).


 

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