Davi Kopenawa : "les esprits de la forêt sont avec moi, ils soutiennent mon combat"

Cette semaine dans La Potion, une voix très importante. Celle de Davi Kopenawa, chamane Yanomami et grand défenseur des droits des peuples d’Amazonie brésilienne. Au programme : chants sacrés, esprits de la forêt, poudre hallucinogène et lutte contre Jair Bolsonaro.

  

Quand Davi Kopenawa voit le jour en 1956, cela fait une dizaine d’années seulement que ses parents ont vu apparaître des Blancs sur leurs terres, au Nord de l’Amazonie. Et ces premières incursions ont bouleversé de manière indélébile la civilisation Yanomami. D’abord des épidémies de grippes, de rougeoles ou de tuberculoses qui déciment une partie de la population. L’évangélisation de l’Eglise catholique ensuite, qui menace les structures traditionnelles des peuples de la forêt. Puis les garimpeiros, 40000 orpailleurs illégaux qui envahissent le territoire avec la bénédiction de la dictature militaire. En sept ans, 20% de la population Yanomami est décimée. Après avoir perdu une grande partie sa famille, Davi Kopenawa a d’abord eu envie de devenir un Blanc, complètement fasciné par cette figure de l’étranger. Il apprend le portugais brésilien et commence à travailler comme interprète au sein de la Funai, l’agence gouvernementale des populations indigènes : là, il prend conscience de la grande richesse culturelle du peuple Yanomami, et de la menace que représentent les blancs pour leur survie et celle de l’Amazonie brésilienne. Il décide alors de suivre une vieille intuition qui l'habite en rêves depuis l'enfance : devenir chamane. 


Après avoir été initié dans les règles de l’art par son beau-père, sa grande sagesse spirituelle viendra renforcer son expérience du « monde blanc » et depuis, Davi Kopenawa parcourt la planète pour récolter des soutiens pour son combat. Celui de la photographe Claudia Andujar notamment, avec laquelle il obtient, en 1992, la démarcation officielle d’un territoire de 96 650 kilomètres carrés, qui allait devenir la Terra Indigena Yanomami, un des plus grands territoires sous contrôle autochtone au monde. Une lutte de tous les instants pour laquelle le chamane recevait en septembre dernier, le prix Nobel Alternatif en compagnie de Greta Thunberg. 


En 2010, Davi Kopenawa et l’anthropologue Bruce Albert publiaient La Chute du Ciel, un témoignage dense et tout à fait exceptionnel sur la culture du peuple yanomami, sa spiritualité aussi et sur la crise écologique mondiale vue depuis le cœur de l'Amazonie. La Chute du Ciel, soit le récit d’une catastrophe : la disparition du poumon du monde et de ses habitants, humains et non humains, ce moment où la forêt sera écrasée par le ciel parce que le dieu Omama et les esprits xapiri ne le soutiendront plus, épuisés d’avoir dû tant lutter contre la violence destructrice du monde blanc. Aujourd’hui la terre des Yanomami est toujours menacée, encore plus depuis l’élection de Jair Bolsonaro : la déforestation a presque doublé en un an, les assassinats d’activistes indiens augmentent et Jair Bolsonaro multiplie les attaques contre les peuples de la forêt. Mais le roi Kopenawa n’a pas dit son dernier mot, "kopenahua" d’ailleurs c’est la guêpe en Yanomami, “qui se défend lorsqu’on attaque sa maison”. 


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