Danyèl Waro : "Pour moi Jésus, c'est le premier héros communiste !"

Cette semaine La Potion vous emmène à La Réunion chez Danyèl Waro, voix emblématique du maloya réunionnais, qui m'a ouvert les portes de sa kaz en octobre dernier. Oté !


Artisan éminemment politique du maloya, Danyèl Waro chante ce blues ternaire hérité des anciens esclaves de La Réunion dont il célèbre la créolité depuis 40 ans. Avec Danyèl Waro, on parle tout de même d’un Ti-Blanc des hauts qui a grandi au sein d’une famille de paysans le jour, militants communistes le reste du temps, une enfance rouge qui lui apprend le sens de l’engagement politique et de la rébellion. D’ailleurs, personne n’est vraiment surpris lorsqu’en janvier 76, Waro refuse de faire son service militaire. Une décision qui lui vaut alors deux ans de prison à Rennes : voilà comment ce garçon du déor découvre l’enfermement, la promiscuité mais aussi le plaisir de la plume puisque c’est en prison que Danyèl Waro écrit ses premières strophes, les premiers couplets de son destin maloya. A son retour à La Réunion, Waro continue de militer pour la langue créole, pour l’indépendance de l’île intense et c’est ainsi - avec puis sans le Parti Communiste Réunionnais - que le musicien emprunte le chemin balisé par des anciens comme l’illustre Firmin Viry et participe à réhabiliter le maloya (menace coco pour certains, honteux ou carrément diabolique pour d’autres en raison de ses racines africaines). Aujourd’hui, Danyèl Waro continue de s’activer pour défendre les choses qui lui tiennent à cœur, et notamment la Terre, dont il s’attache à prendre soin avec son association Kazkabar. 


Aucun doute possible : Waro l’insoumis est un être politique. Cependant, nombreux sont les titres de son répertoire qui laissent aussi entrevoir un Danyèl profondément spirituel. Bien sûr, le maloya nous met sur la voie puisque pour les Réunionnais, il est aussi un vecteur de communion avec leurs ancêtres, célébrés au cours de cérémonies rituelles appelées servis kabaré où chants et percussions dialoguent toute la nuit, lèvent les esprits et poussent à la transe. “Quand je chante”, m’a dit un jour Danyèl Waro, “je me transporte, je me tisane, je m’envoûte moi-même”. Alors pour La Potion, le musicien revient sur son chemin, son adn spirituel, son caractère animiste, sur les ingrédients du syncrétisme typiquement réunionnais, son initiation au versant mystique du maloya avec Gramoun Baba, mais aussi sur la portée hautement thérapeutique de la musique. 


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